DONNÉES COMPLÈTES SUR LA PARATUBERCULOSE

La paratuberculose est une maladie qui suscite de grandes préoccupations économiques et sanitaires. Elle est endémique dans le monde entier et affecte aussi bien les secteurs de la viande que du lait au sein des troupeaux de bovins, d’ovins et de caprins.

Elle est produite par la bactérie Mycobacterium avium subsp. paratuberculosis. Elle peut subsister 11 mois dans un sol contaminé par des matières fécales, entre 5 et 9 mois dans l’eau et 17 mois dans des conditions de laboratoire. Sa durée d’incubation peut aller jusqu’à 5 ans.

Cette maladie se manifeste de manière silencieuse, avec de longues périodes d’incubation et un stade subclinique, au cours duquel les symptômes ne sont pas visibles, mais la maladie se propage.

Transmission

Elle se transmet généralement par l’ingestion d’aliments, par le contact avec des sols et des eaux contaminés par des matières fécales contaminées par la bactérie, ou par la consommation de lait et de colostrum d’animaux infectés en raison de la présence de matières fécales sur les pis. D’autres voies de transmission, telles que la voie transplacentaire, ont également été mises en cause chez près de 40 % des animaux dans la phase clinique.

Les bovins ainsi que les autres ruminants de moins de 6 mois sont les animaux les plus à risque, car cette maladie est étroitement liée à la période de développement physiologique du tissu lymphoïde de l’intestin. Une fois que la bactérie est introduite par voie orale, elle se loge dans l’intestin et provoque une inflammation accompagnée d’une prolifération cellulaire, à l’origine d’une entérite granulomateuse.

Les facteurs susceptibles de favoriser l’introduction et l’excrétion de bactéries dans le troupeau sont les suivants :

  • Intégration d’animaux de remplacement sans contrôle sanitaire préalable, notamment en provenance de troupeaux dont le statut paratuberculeux n’est pas connu.
  • Contact des jeunes animaux avec les déjections d’autres animaux ou des sols contaminés.
  • Contamination de sources d’eau et d’aliments par des matières fécales.
  • Colostrum d’animaux allaitants non contrôlé présentant des matières fécales au niveau des mamelles.
  • Utilisation du même équipement pour le nettoyage et l’alimentation des animaux.
  • Contact d’animaux de moins d’un an avec des bêtes adultes.

Signes cliniques

La paratuberculose est essentiellement une infection subclinique et l’apparition des signes cliniques est influencée par différents facteurs tels que la dose infectieuse, l’âge, les facteurs de stress, les agents immunosuppresseurs, la fréquentation de sols acidifiants, sans oublier que le risque de transmission est plus élevé dans les élevages intensifs.

Il s’agit d’une maladie intestinale chronique, qui se caractérise par des diarrhées et une perte de poids progressive, une faiblesse généralisée, une baisse de la production laitière et une vulnérabilité accrue à d’autres maladies infectieuses. Dans certains cas, des problèmes de reproduction tels que des avortements et une infertilité peuvent être observés.

Bien que certains animaux puissent ne pas présenter de diarrhée au cours de la phase productive (infection subclinique), l’évolution de la maladie type se produit au cours de la première ou de la deuxième lactation.

Il convient de garder à l’esprit que pour un animal présentant des signes cliniques, il y a entre 15 et 25 animaux de différents âges qui ont été infectés à différents stades de la maladie, comme on peut le voir ci-dessous :

  • Stade I (infection silencieuse) : animaux asymptomatiques qui n’éliminent généralement pas la bactérie (10-14 animaux).
  • Stade II (maladie subclinique) : animaux asymptomatiques qui éliminent la bactérie (4-8 animaux).
  • Stade III (maladie clinique) : Animaux présentant des signes cliniques qui éliminent la bactérie (1 à 2 animaux).
  • Stade IV (maladie terminale) : Animaux à un stade avancé de la maladie (1 animal).

En raison du nombre élevé d’animaux à un stade subclinique, il est possible que le nombre de cas déclarés soit inférieur à la réalité.

Pertes économiques

La perte économique dans les troupeaux positifs à la paratuberculose est de l’ordre de 200 à 900 dollars américains par vache, par rapport à des troupeaux non atteints par cette maladie. Différentes pertes économiques sont enregistrées dans les troupeaux de production, telles que :

  • La mort d’animaux
  • Une diminution de la production de lait et de viande :
  • Des études indiquent que les vaches séropositives peuvent peser entre 30 et 54 kg de moins que les animaux non atteints par la maladie.
  • Pour les exploitations laitières, la production de lait est réduite de plus de 700 litres par vache. La production laitière chez les vaches présentant une infection subclinique diminue après la deuxième lactation.
  • Une augmentation des coûts liés au diagnostic et une réduction des revenus générés par la vente des animaux infectés (30% de la valeur marchande).
  • Une diminution de la durée de vie productive des animaux : Celle-ci est réduite de 50 % par rapport à l’espérance normale.
  • Une augmentation des coûts de remplacement et des coûts engendrés par la période d’improductivité.
  • Une faible conversion alimentaire, ce qui entraîne une diminution de la production.
  • Une prédisposition à d’autres maladies.

Lutte et prévention

La lutte contre la paratuberculose est un défi pour les agriculteurs et les vétérinaires. Il est primordial de combiner une méthode de diagnostic adéquate avec des mesures de biosécurité et de vaccination, afin de contrôler et d’éradiquer la maladie dans les troupeaux de production.

Par ailleurs, la sensibilisation des producteurs et le suivi de recommandations sanitaires lors de l’achat d’animaux sont des éléments fondamentaux des programmes de contrôle et constituent en outre des mesures peu coûteuses.

Il est important de procéder à un diagnostic avant de remplacer les animaux et de réduire le risque de contamination par les matières fécales en assurant un contrôle sanitaire adéquat du troupeau.

Étant donné que la maladie est subclinique pour la plupart des animaux, il est difficile de la diagnostiquer en procédant à une évaluation des signes et des symptômes. Pour ce faire, des tests de diagnostic PCR et ELISA doivent être pratiqués ; différents échantillons peuvent être regroupés afin de réduire le coût lié à cette méthode de diagnostic. Pour les animaux qui présentent des signes cliniques, il est possible de recourir à la culture bactérienne d’échantillons fécaux, ce qui permettra par la même occasion de classer les animaux en trois catégories : ceux dont l’infection est élevée, modérée ou faible.

D’autres mesures de biosécurité à envisager sont l’éloignement des animaux nouvellement nés des sources de contamination par les déjections d’animaux malades ; fournir du colostrum provenant de vaches non infectées et remplacer le lait par un substitut laitier ou par du lait provenant de vaches saines ; effectuer une gestion séparée des veaux et des jeunes animaux. Les animaux adultes peuvent partager les pâturages et les installations avec les jeunes bêtes à partir de l’âge d’un an.

Par ailleurs, il est essentiel de laver tous les équipements, les abreuvoirs, les mangeoires et les sols en utilisant de l’eau sous pression et des produits nettoyants et d’appliquer des désinfectants tels que du phénol à 5 %, du formol à 5 %, de l’hypochlorite de calcium à 1:50 ou de l’hypochlorite de sodium, en les laissant en contact pendant au moins une heure avec les surfaces en question, ainsi qu’en les exposant à la lumière directe du soleil pendant une durée minimum de 100 heures.

La vaccination est un outil très précieux pour réduire les risques de contamination microbienne par ce pathogène et réduire les pertes de production tout comme les effets pathogènes, dans le cadre d’une approche préventive. Différentes études montrent un effet positif et généralisé de la vaccination, tant sur le plan de la production que de l’épidémiologie ou de la pathogénicité.

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